La transformation durable d’une industrie ne relève pas du hasard d’un calendrier ou de quelques initiatives éparses. Bien au contraire, elle doit reposer sur une stratégie clairement définie et des outils adaptés, au premier rang desquels le PLM. Digital Engineering Applications Lead chez Hager, Younes Issiakhem estime que le PLM optimise la traçabilité de chacun des composants d’un produit pour valoriser l’ensemble de son cycle de vie, de la conception au recyclage.
Le développement durable constitue un des leviers majeurs de transformation pour l’industrie. Souvent, la dynamique n’est pas initiée en interne mais plutôt influencée par une réglementation de plus en plus stricte, à l’image de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Aujourd’hui, les industriels doivent fournir des preuves tangibles de leurs actions RSE, ce qui implique une gestion fine de la donnée et une capacité à tracer l’origine et la composition de chaque composant.
« En matière de cycle de vie produits, il ne s’agit plus seulement de se fixer des objectifs et de produire un bilan annuel, mais de démontrer, preuve à l’appui, que chaque pièce utilisée correspond aux standards suffisants pour atteindre ces objectifs » souligne Younes Issiakhem. Jusqu’ici réservée aux entreprises cotées, cette exigence s’étend désormais à l’ensemble du secteur industriel, mettant en lumière l’urgence d’un outil capable de centraliser et structurer ces informations.
Le PLM comme point central de l’éco-conception et de la circularité
Si le PLM a longtemps été perçu comme un instrument de rationalisation des coûts, il devient aujourd’hui un levier majeur du « design-to-sustainability ». Grâce aux données agrégées, il permet aux industriels d’optimiser l’impact environnemental de leurs produits sur plusieurs axes :
- Réduction de la consommation énergétique ;
- Diminution de la consommation de matière première ;
- Augmentation de la proportion de matériaux recyclables
- Accompagnement des plans de décarbonation
Un aspect crucial du PLM réside dans sa capacité à garantir la circularité des produits. « Par exemple, le PLM pourra indiquer les données relatives à la démontabilité d’un composant. Si certaines pièces sont inséparables les unes des autres, comme c’est le cas de certaines pièces métalliques surmoulées, le recyclage ou le réusage seront bien plus difficiles voire impossibles » poursuit-il.
Pouvoir impacter toute la chaîne de valeur
L’alignement sur les exigences ESG ne se limite pas aux entreprises elles-mêmes : il s’étend à l’ensemble l’écosystème. Les fabricants doivent désormais exiger de leurs fournisseurs une transparence totale sur la provenance et la composition des matériaux utilisés. Cette évolution engendre un changement structurel majeur dans les relations entre les industriels et leurs sous-traitants.
Pour démontrer que la traçabilité des composants est effective, c’est tout un système d’information permettant la transmission de ces données qui doit être construit.
La question brûlante du passeport numérique des produits
Dans cette logique de transparence accrue, le passeport numérique des produits s’impose progressivement comme un standard européen. Ce document vise à regrouper toutes les informations relatives au cycle de vie d’un produit, depuis l’origine des matières premières jusqu’à son recyclage. Il s’agit d’une traçabilité digitale totale, garantissant des engagements RSE fondés sur des éléments factuels et mesurables. « L’ensemble des acteurs de l’écosystème autour d’un produit devront se donner les moyens d’atteindre un tel niveau de transparence, et ils ne pourront pas le faire sans l’usage d’un PLM » ajoute Younes Issiakhem.
Une opportunité stratégique pour les industriels
Si l’intégration d’un PLM orienté durabilité représente un défi, elle constitue surtout une opportunité pour les entreprises qui souhaitent anticiper les futures réglementations et se positionner en leaders de l’innovation responsable. Il faut concevoir la norme comme un minimum. L’enjeu est d’aller au-delà et d’assurer une traçabilité digitale permettant dès aujourd’hui aux concepteurs de faire des choix alignés avec les engagements RSE de l’entreprise.
Les labels comme EcoVadis ou Cradle to Cradle peuvent servir de repères concrets pour structurer cette transformation. Mais au-delà des certifications, il s’agit d’adopter une véritable culture de la donnée responsable, où chaque décision de conception est éclairée par une vision durable et à long terme.
Loin d’être un simple outil technique, le PLM devient un vecteur de transformation profonde pour l’industrie. En garantissant une traçabilité complète des produits et en facilitant l’éco-conception, il permet aux entreprises de réconcilier innovation et responsabilité. Il ne s’agit pas seulement de répondre aux exigences réglementaires, mais bien de transformer l’industrie de manière durable et pérenne.
Le PLM au service de la performance RSE
On en parle avec Younes Issiakhem, Digital Development Tool Factory Lead au sein du groupe Hager.
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